Le Théâtre national de Chaillot, à Paris, a renouvelé ses artistes associés. Depuis mai 2026, cinq noms sont liés à la maison de la place du Trocadéro pour les trois prochaines saisons : la chorégraphe Sharon Eyal, l’auteur et metteur en scène Mohamed El Khatib, le danseur guadeloupéen Léo Lérus, le duo électro hip-hop MazelFreten et Julie Nioche avec sa structure A.I.M.E. La nouvelle a été détaillée le 4 novembre par ResMusica, et la liste figure sur la page des artistes associés du théâtre.
Pour qui suit la danse à Paris, ce choix compte. Les artistes associés ne viennent pas seulement jouer un spectacle et repartir. Ils reviennent saison après saison et participent à la vie du lieu, sur scène comme en dehors.
Plan de l'article
Ce que veut dire « artiste associé » à Chaillot #
Le théâtre décrit lui-même cette collaboration comme un ensemble large. Il y a bien sûr des spectacles, des concerts et des performances. Mais Chaillot cite aussi des répétitions ouvertes, des ateliers, des projets avec les écoles sous le nom de Chaillot Kids, des événements sportifs avec Chaillot Olympique et des séjours culturels avec Chaillot Colo, en France et à l’étranger.
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Selon ResMusica, les cinq artistes doivent développer pendant ces trois saisons des créations, des projets avec les publics et des ateliers autour de la création et de la transmission. Autrement dit, le spectateur ne les croisera pas seulement au moment des saluts.
Chaillot, labellisé Théâtre national de la Danse, est dirigé par le chorégraphe Rachid Ouramdane, comme le rappelle la fiche du ministère de la Culture. Le choix de ces cinq profils dit beaucoup de la ligne de la maison : de la danse contemporaine pure, mais aussi du théâtre documentaire et des danses urbaines.
Cinq univers très différents #
Sharon Eyal, la transe millimétrée
Chorégraphe israélienne installée en France, Sharon Eyal a longtemps dansé et créé au sein de la Batsheva Dance Company avant de mener sa propre compagnie. ResMusica cite parmi ses pièces Love Chapter 2, Love Chapter 3 et Into the Hairy. Son style se reconnaît vite : des corps serrés en groupe, des pulsations continues, une tension qui ne retombe presque jamais.
Mohamed El Khatib et l’« Ehpad de la danse »
Le cas de Mohamed El Khatib est le plus surprenant pour un théâtre de danse. Auteur, metteur en scène, réalisateur et plasticien, il construit ses projets à partir de récits de vie et de réalités sociales. Sa page sur le site de Chaillot rappelle Moi, Corinne Dadat, qui réunissait une femme de ménage et une danseuse classique, ou encore Stadium, qui faisait monter sur scène 58 supporters du Racing Club de Lens. Il a aussi déjà monté un centre d’art dans un Ehpad, en Savoie.
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D’après ResMusica, son association avec Chaillot prendra notamment la forme du premier « Ehpad de la Danse ». Le format exact reste à découvrir, mais l’idée de faire entrer la danse dans un lieu où l’on ne l’attend pas colle bien à son travail.
Léo Lérus, entre contemporain et Gwo-ka
Léo Lérus a découvert la danse en Guadeloupe auprès de la chorégraphe et pédagogue Léna Blou, avant d’entrer à 14 ans au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris. Sa biographie sur le site de Chaillot retrace ensuite une carrière d’interprète à l’étranger, notamment chez Wayne McGregor, à la Batsheva d’Ohad Naharin et dans la compagnie de Sharon Eyal et Gai Behar. Il signe ses propres pièces depuis 2010.
Son travail fait dialoguer danse contemporaine et héritage du Gwo-ka, la grande tradition musicale et dansée de la Guadeloupe. ResMusica cite Entropie, Gounouj et Ici, sa création pour le Ballet du Rhin.
MazelFreten, l’électro et le hip-hop
Derrière MazelFreten, il y a deux danseurs connus dans le monde des battles : Brandon Masele, alias Miel, danseur électro et vice-champion du monde de la discipline, et Laura Defretin, alias Nala, danseuse hip-hop. Leur compagnie est née en 2016. Chaillot rappelle leur passage par l’incubateur de danse urbaine de La Villette en 2017 et des créations comme Rave Lucid ou Memento.
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Le grand public les a vus sans toujours le savoir : ResMusica rappelle que le duo a signé le tableau Obscurité de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris en 2024.
Julie Nioche, le corps et le soin
Julie Nioche mène depuis près de trente ans un travail qui mêle danse, pratiques somatiques et recherche sur les savoirs du corps. Avec A.I.M.E., cofondée en 2007, elle crée pour les plateaux mais aussi dans les villes, les campagnes, les hôpitaux ou les écoles. C’est sans doute la figure la plus tournée vers le soin et l’écoute du corps de cette nouvelle équipe.
Ce que le public peut en attendre #
Mis bout à bout, ces cinq profils couvrent presque tout le spectre de la danse d’aujourd’hui. On passe du groove hypnotique de Sharon Eyal à la culture battle de MazelFreten, de la mémoire guadeloupéenne de Léo Lérus aux corps ordinaires que met en scène Mohamed El Khatib.
Pour les amateurs, c’est aussi une bonne nouvelle pratique. Une association sur trois saisons laisse le temps de voir plusieurs pièces d’un même artiste, de suivre son évolution et, pour ceux qui le souhaitent, de participer à un atelier ou à une répétition ouverte. Le plus simple reste de garder un œil sur la programmation de Chaillot et sur les pages de chaque artiste, que le théâtre met à jour au fil de la saison.
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Et pour ceux qui hésitent encore à pousser la porte d’une salle de danse contemporaine, ce mélange de styles est peut-être la meilleure porte d’entrée : il y a de fortes chances qu’au moins un de ces cinq univers vous parle.




