Du 27 au 31 octobre 2026, la Martinique retrouve une biennale de danse. Elle s’appelle désormais L’Intervalle et sa première édition fait un choix franc : ne programmer que des chorégraphes femmes. Huit artistes, venues de Martinique, de la Barbade, du Bénin et du Portugal, s’y partagent cinq jours de spectacles, d’ateliers et de tables rondes répartis dans cinq lieux de l’île.
Plan de l'article
Une biennale qui revient après plusieurs années de silence #
L’île n’en est pas à son premier festival de danse. Comme le rappelle l’entretien publié le 25 octobre par Danses avec la plume, une Biennale de danse de Martinique avait vu le jour en 1999, après une mission de la chorégraphe Susan Buirge, à la demande de Fanny Auguiac, alors directrice de la Scène nationale de la Martinique. Elle était tournée vers la danse contemporaine de la Caraïbe.
Le rendez-vous s’est ensuite éteint après 2022. Le média spécialisé cite plusieurs causes : la crise du Covid, des baisses de dotation de la Collectivité territoriale de Martinique et la perte du label de la Scène nationale. Le contexte reste fragile : l’île ne compte ni conservatoire, ni centre de développement chorégraphique national, ni école nationale de musique et de danse.
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C’est la Maison Rouge, Maison des Arts, dirigée par la chorégraphe Christiane Emmanuel, qui reprend le flambeau. Des communes de l’île et leurs offices culturels ont adhéré au projet.
Pourquoi uniquement des femmes chorégraphes #
Le choix n’a rien d’un slogan. Christiane Emmanuel l’explique à Danses avec la plume : « Cela est né de la frustration de voir autant de femmes chorégraphes qui soient très peu programmées. » La page officielle de l’événement résume l’intention en une phrase : « En 2026, la Biennale de danse de Martinique ouvre un nouveau cycle consacré aux voix féminines. »
Le nom lui-même a été pensé. Pour la Maison Rouge, « un intervalle est un espace entre deux temps, deux états ou deux récits ». Sa fondatrice y voit un interstice que les artistes prennent ensemble, un moment pour se parler autant que pour danser. « Un festival permet un temps de discussions, de rencontres, de confrontations », dit-elle.
Huit artistes, du bèlè au solo contemporain #
La liste des artistes publiée sur le site de la Maison Rouge réunit huit noms. Côté Martinique : Florence « Flo » Baudin, Annick Dantin, Alison Desort, Clara Desportes et Yaël Réunif. Côté international : Catarina Barbosa (Portugal), Florence Gnarigo (Bénin) et Yanique Hume (Barbade).
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Le programme mêle les esthétiques. Le bèlè, danse traditionnelle martiniquaise rythmée par le tambour, y tient une place de choix avec An mannyè Bèlè, porté par Clara Desportes et Annick Dantin le soir d’ouverture. Le rolento est aussi présenté au public ce même soir. À l’autre bout, la création contemporaine domine les jours suivants.
Le fil des cinq jours
Mardi 27 octobre, la cérémonie d’ouverture s’ouvre à la Maison Rouge sur une performance de Flo Baudin. La soirée est réservée aux invités.
Mercredi 28 octobre, Terres d’Arts accueille le matin une table ronde sur « l’invisibilité de la femme artiste » avec Yanique Hume, chorégraphe et performeuse barbadienne, docteure en anthropologie. Elle y présente aussi une performance le soir, sur inscription.
Jeudi 29 octobre, une seconde table ronde traite de la circulation et de la coopération des œuvres dans la Caraïbe, ouverte à toutes les disciplines. Le soir, le Centre culturel Petit Bambou programme gratuitement Untold de Yaël Réunif, puis Le bruit des douilles d’Alison Desort et Klayd Bonheur.
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Vendredi 30 octobre, la Ville de Saint-Joseph accueille État de choc de la Béninoise Florence Gnarigo, suivi d’une reprise du Bruit des douilles. Les deux représentations sont gratuites.
Samedi 31 octobre, Florence Gnarigo anime le matin un atelier intitulé « Feed the Soul ou nourrir l’âme ». La clôture a lieu le soir à Tropiques Atrium Scène nationale avec Estranha Forma, le solo de la Portugaise Catarina Barbosa. C’est la seule date payante du programme.
La Caraïbe, un territoire à relier #
La table ronde du 29 octobre touche à une difficulté concrète. Les compagnies caribéennes circulent peu d’une île à l’autre. Christiane Emmanuel le rappelle : « les Caraïbes, c’est tout un ensemble d’îles qui peuvent être assez éloignées et difficilement joignables ». Elle souligne aussi l’éloignement de la Martinique, à environ 8 000 km de l’Europe et 5 000 km du continent américain.
D’où l’importance qu’elle donne à ce moment d’échange : « L’idée est de mieux faire connaissance entre nous. » Elle ne veut pas d’un colloque abstrait : « Je souhaite un temps de réflexion très pragmatique. » Faire venir une artiste de la Barbade et une autre du Bénin, c’est aussi tester des circuits de tournée qui manquent aujourd’hui.
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Comment y assister #
La plupart des rendez-vous sont gratuits : les deux tables rondes, les représentations au Petit Bambou et à Saint-Joseph. Les ateliers et la performance de Yanique Hume se réservent en ligne, via les liens donnés sur la page de la Maison Rouge. La soirée d’ouverture est sur invitation. Pour Estranha Forma, il faut passer par la billetterie de Tropiques Atrium, la page de l’événement ne donnant pas de tarif.
Pour qui passe l’automne aux Antilles, c’est l’occasion de voir du bèlè sur scène et de la création contemporaine dans la même semaine, avec des artistes rarement programmées en métropole. Christiane Emmanuel pense déjà à la suite : une prochaine édition est envisagée en 2028. Si ce premier rendez-vous trouve son public, L’Intervalle pourrait redonner à la Martinique la place qu’elle a longtemps tenue dans la danse caribéenne.




