Ballet de l’Opéra de Lyon : House de Sharon Eyal et le Sacre de Mats Ek réunis sur une soirée

Jusqu’au 14 novembre, le Ballet de l’Opéra de Lyon réunit sur la même soirée deux écritures que presque tout oppose : House, de l’Israélienne Sharon Eyal, et Le Sacre du printemps revu par le Suédois Mats Ek. Une affiche qui fait dialoguer la pulsation du club et le grand récit de Stravinski, et qui partira ensuite à Paris en janvier.

Une soirée en deux mondes à l’Opéra de Lyon #

Selon la page officielle de l’Opéra de Lyon, le programme se joue du 3 au 14 novembre 2026, pour une durée d’1h50 entracte compris, avec des places de 12 à 66 euros et un spectacle conseillé dès 12 ans. Particularité de la version lyonnaise : le Sacre est accompagné en direct par l’Orchestre de l’Opéra en grande formation, ce qui change franchement l’expérience par rapport à une bande enregistrée.

L’ordre de la soirée est pensé comme une montée en tension. House ouvre, avec sa vibration techno, puis le Sacre prend le relais après l’entracte, plus théâtral, plus terrien.

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House : le ballet passe la porte du club #

Créée en 2011 pour la Batsheva Dance Company, House a été recréée pour les danseurs lyonnais en juin 2026, dans le cadre des Nuits de Fourvière. La musique est signée Ori Lichtik, percussionniste et DJ issu de la scène techno, complice de longue date de Sharon Eyal. Les costumes sont de Maayan Goldman et les lumières d’Alon Cohen.

La pièce se découpe en séquences, comme les pièces d’une maison que les interprètes investissent tour à tour. Le site Coups d’œil décrit un début étonnant : une rumeur de conversations enregistrées si réaliste que certains spectateurs lancent des « chut » à des bavards imaginaires, avant que la pulsation ne s’installe. Puis une silhouette gainée de vinyle noir, des corps en justaucorps couleur chair, des cous qui se tendent, des épaules qui tressautent, des bustes qui basculent net.

C’est tout l’art d’Eyal : partir de mouvements presque imperceptibles, les répéter, les décaler, jusqu’à créer un état d’hypnose collective. Le groupe se soude, se défait, laisse s’échapper un solo, puis l’absorbe à nouveau.

Ce que la pièce demande aux danseurs

Pour qui pratique la danse, House est un vrai cas d’école. La technique classique reste là, dans les demi-pointes et les extensions, mais elle est mise au service d’une gestuelle segmentée, très musculaire, où le bassin et le haut du dos travaillent en isolation. La critique de Classykeo relève aussi des accents de voguing et une soliste perchée sur talons aiguilles, qui déjoue toutes les attentes d’équilibre. La dernière partie bascule sur une électro pop chantée, et les lignes de danseurs retrouvent une joie de groupe presque festive.

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Le Sacre selon Mats Ek : un mariage arrangé #

Changement total d’univers après l’entracte. Mats Ek s’était déjà emparé de la partition de Stravinski en 1984. La version présentée ici est sa relecture de 2022, créée pour l’English National Ballet au Sadler’s Wells de Londres, et elle entre au répertoire lyonnais, transmise par Ana Laguna et Antonio Castilla. D’après Coups d’œil, la compagnie n’avait plus dansé de Sacre depuis 1982.

Exit l’Élue sacrifiée pour le retour du printemps. Chez Ek, une jeune femme est livrée par ses parents à un promis qui n’en a pas plus envie qu’elle, sous l’œil d’une communauté qui distribue les rôles et veille aux traditions. Les décors et costumes de Marie-Louise Ekman dessinent un intérieur bourgeois en perspective, avec des lumières de Linus Fellbom.

La danse, elle, change de poids. Là où Eyal travaille la précision et la retenue, Ek alourdit les corps, les désaxe, les projette au sol, avec cette part de burlesque qui fait sa signature. Le rite païen devient une affaire de famille, et la violence du groupe sur l’individu reste le fil commun des deux pièces.

Une compagnie qui élargit sa palette #

Ce diptyque arrive après un début de saison déjà marqué par les lignes épurées de Lucinda Childs, que les danseurs lyonnais ont abordées en septembre. Passer de ce minimalisme à la fièvre d’Eyal puis au théâtre dansé d’Ek, en quelques semaines, en dit long sur la polyvalence demandée aujourd’hui aux interprètes d’une compagnie de répertoire contemporain. La troupe est désormais dirigée par Cédric Andrieux.

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Lyon maintenant, Paris en janvier #

Ceux qui ne pourront pas faire le déplacement à Lyon ont une seconde chance. Selon Sortir à Paris, le programme sera présenté au Théâtre des Champs-Élysées du 14 au 17 janvier 2027, dans la saison TranscenDanses. À Paris, les deux pièces seront dansées sur musique enregistrée, sans orchestre. Les tarifs annoncés vont de 15 à 95 euros selon la catégorie, avec une séance à tarif réduit pour les moins de 16 ans le 16 janvier à 14h30.

Notre conseil si vous hésitez entre les deux villes : Lyon pour le Sacre avec orchestre en direct, qui reste un vrai luxe, Paris si c’est d’abord la transe de House qui vous attire. Dans les deux cas, c’est l’une des soirées de danse les plus contrastées de cet automne.

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